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Le sérieux est une affaire trop importante pour qu'on nous la confie

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26 avril 2025

Hugh HOWEY

 
Outresable**
On est dans un futur peut-être pas si lointain. On est aux Etats-Unis, plus précisément autour du Colorado. Après ce que l'on devine être un bouleversement climatique, des poignées d'humains, appauvris, survivent dans un immense désert de dunes, lesquelles cachent, dans leurs entrailles, des cités ensablées à des kilomètres de profondeur. Ces femmes et ces hommes survivent en plongeant au péril de leur vie à la recherche de quelques trésors qu'ils revendent à prix d'or (très bon titre dans sa traduction française, d'ailleurs - en anglais : Sand). Dans cette tristesse désertique, l'amour et les sentiments sont ce qu'il reste quand tout a disparu et quand les puissants/les politiques continuent de gerroyer, présentés ici dans leur face leur plus sombre, expédiés en ellipses par l'auteur. J'avais commencé ce livre avant le 20 janvier 2025 et la folie trumpienne qui s'abat présentement sur le monde. En le terminant autour du 25 janvier, et plus encore aujourd'hui, j'ai mesuré avec autant d'effroi que de certitude que, décidément, ce roman que je pensais être de la science-fiction pourrait être une dystopie, car la naration semble plus proche, palpable aujourd'hui qu'elle ne l'était il y a 1 mois.
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26 avril 2025

Andrée A. MICHAUD

 
Proies**
Après l'enthousiasme né du premier roman que j'ai lu d'Andrée Michaud (Rivière tremblante), j'ai poursuivi avec Proies. Un synopsis assez classique : au Québec, des jeunes partent randonner et bivouaquer en forêt, au bord d'une rivière. Et tout ne se passe pas comme prévu. La construction, elle, est moins classique : un roman en trois parties au cours duquel, dès les premières pages, on sait ce qu'il va se passer à la fin de la première partie. On se dit, mais alors, si l'auteur tue l'intrigue, quel est l'intérêt ? Eh bien, même si l'on connaît la fin, on se délecte d'en connaître les étapes. Commence ensuite une deuxième partie, un entre deux, après le(s) drame(s), la reconstruction des âmes et des corps. Ca ronronne un peu plus. Et puis, troisième partie, un rebondissement fort bien trouvé, dont l'issue nous est là aussi annoncée au début. Et la magie opère encore. J'ai retrouvé, mais avec moins d'intensité parce que l'histoire est différente, cette très belle écriture que dans Rivière tremblante, et ai gardé le plaisir d'avoir à nouveau découvert cette auteure.
26 avril 2025

Jokha ARLARTHI

 
Les corps célestes**
Le temps d'un séjour à Oman et je me suis immergé dans la culture de ce beau pays via le roman de cette auteure omanaise, premier prix de littérature arabe en 2021 (Man Booker Prize). Ici, l'on balaie plusieurs décennies de culture omanaise, sorte de grande fresque à la Garcia Marquez, qui accueille les bouleversements sociétaux, donne à voir la place de la femme et son évolution à travers les destins de trois soeurs (mais pas seulement). La construction du roman peut dérouter (cela a été le cas pour moi), l'auteure sautant des décennies (dans un sens ou un autre) en s'emparant d'un personnage par chapitre, certains apparaissant plus souvent que d'autres. Malgré tout, voilà une très bonne entrée en matière pour découvrir ce pays, un peu à part parmi ceux du Golfe persique.
26 avril 2025

Andrée A. MICHAUD

 
Rivière tremblante***
Un très très joli roman, à mon avis maladroitement classé comme un polar. Il y est bien question d’enfants disparus et d’une vague enquête pour les retrouver, mais c’est surtout l’histoire d’un deuil, de deuils que deux personnes n’arrivent pas à faire, et du temps qui passe et s’étire et endolorit les âmes. C’est sur la peau de leur cœur qu’on trouverait des rides, ne les secouez pas, leur cœur a trop de larmes, comme le disait si bien Henri Calet. Ce roman, c’est aussi la vie d’une nature, d’une rivière, ce sont des orages et des pluies, et toujours ces fantômes anadyomènes au milieu du chaos organisé. C’est triste, certes, mais d’une force poétique et d’une tendresse mélancolique que j’ai rarement lue. Je conseille vivement la lecture de cette autrice québécoise, que je ne connaissais pas.
Un extrait : « Billie ne disait pas heureux, mais content, parce que la notion de bonheur est une notion qui appartient aux adultes, à ceux qui ont perdu le plaisir simple de l’enfance et qui espèrent un inaccessible nirvana au lieu de se contenter d’être contents. Le bonheur est un concept trop complexe pour que les enfants s’en embarrassent. Ils rient ils jouent, ils sont et ne passent pas leur temps à se demander s’ils ne pourraient pas rire davantage, ou s’esclaffer sous un éclairage plus conforme à leur idée du rire ».
26 avril 2025

Henri VINCENOT

La billebaude***
 
Vincenot, artiste multiple (peintre, sculpteur et, donc, écrivain), écrit, au soir de sa vie, à la fin des années 70, une autobiographie : son enfance, puis son adolescence, dans les années 20, dans sa Bourgogne natale. Quelques échos à l’esprit de Pagnol, certes, mais dans son jus bourguignon. La vie à la campagne y est joliment décrite, l’apprenti chasseur qu’il est donne un bel aperçu de la nature, des animaux, de son respect profond pour son grand père, son initiateur à la chasse et à la vie. La famille élargie (le narrateur est orphelin) est composée de 6 grand mères et presqu’autant de grand pères, tous ayant atteint un âge canonique et dont les portraits sont aussi colorés les uns que les autres. En cette période troublée, revenir au temps de l’innocence n’est pas si mal, sans pour autant idéaliser une jeunesse corsetée par les conventions sociales, a fortiori en milieu campagnard.
Enfin, mention spéciale au maniement de la riche langue bourguignonne, merveilleusement mise en valeur et toujours bien documentée, tantôt en bas de page, tantôt en renvoi vers un lexique à la fin du roman.
Bref : un roman d’une fraîcheur bienvenue !
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26 avril 2025

Catherine HERMARY-VIEILLE

 
Un monde au-delà des hommes**
Une amie me dit, puisque tu vas en Haïti, je t’offre un livre sur le froid ! Bien lui en a pris. L’autrice, Catherine Hermary-Vieille, reprend à son compte le récit de ces folles épopées en Antarctique, entreprises à une époque où l’exploration de territoires inconnus était une impérieuse nécessité de certains États soucieux d’étendre leur lebensraum.
On sait que, pour une équipe, l’aventure va mal se terminer tandis que l’autre reviendra vivante. Malgré tout, l’autrice, par des descriptions efficaces et concrètes de ces deux expéditions hors du commun, hors du temps et assurément au-delà des hommes, parvient à maintenir un suspense. Les aventures de ces hommes (aucune femme), au service de leur pays, force le respect. Et ce récit devient d’un coup d’une brutale acuité alors que les questionnements et sondages se multiplient : si une guerre éclate en Europe, quel sacrifice êtes-vous prêt(e) à faire pour votre pays ?
26 avril 2025

Basile MULCIBA

 
Hors saison***
Yann étudiant en médecine poursuit ses études, sans passion. Il a une copine, sans passion. Sa mère l’ennuie. Ses copains ? Ouais, ils sont sympas, mais il n’en parle pas beaucoup, Yann. D’ailleurs, Yann parle peu.
Alors lorsque d’un coup il met son année de médecine entre parenthèses en répondant à une petite annonce (saisonnier dans une station de ski), il prend son entourage de court.
Il arrive dans ladite station, fait connaissance avec Hans, l’émetteur de l’annonce, mais aussi avec les saisonniers. Il les aime bien, tous. Il découvre une nouvelle vie, celle de la montagne, du travail précaire, des balades sur les hauteurs. Et cette vie qui tourne autour de la neige. Cette année, elle tarde, tarde. Tout le monde est inquiet mais Yann aime bien cet entre deux parce que la neige, il s’en fout un peu.
On pourrait croire que Yann est un garçon inintéressant, sans relief. Non, il est jeune, il (se) cherche, c’est tout. Il y a certes une mélancolie dans ce premier roman, mais aussi, paradoxalement, un optimisme, une certaine innocence qui rappelle celle des années soixante dix. L’écriture est simple, agréable, fluide. L’amour qui se dessine est joliment effleuré. Bref : un joli premier roman qui était une lecture parfaite, relaxante et bienvenue !
26 avril 2025

Marie-Hélène LAFON

 

Les sources***

 

Je continue l'exploration de l'oeuvre de Marie-Hélène Lafon avec "Les Sources", et bien m'en a pris ! La vie à la ferme dans les années 60 et 70, une description juste de la rudesse des sentiments, de la vie d'une femme à la ferme, de l'avarice des mots. Elle-même met beaucoup de sobriété dans les mots, leur choix, leur nombre, cet amour du point-virgule, le tout dans une puissante efficacité littéraire. Surtout, ce sentiment d'entrer en apnée, et cette capacité qu'a l'auteure à instiller cette tension incroyable. Je l'ai rarement rencontrée, cette sensation d'apnée. Peut être aussi avais-je en tête une conférence qu'elle a donnée la semaine dernière chez nous à Meyssac, en Corrèze, toute en puissance de ses mots justement, de sa personne. Tout cela a dû s'entrechoquer.
Quoi qu'il en soit : ouvrage fort recommandé.

24 avril 2025

Arnaldur INDRIDASON

 

Des lendemains qui chantent***

 

Un titre en allusion à la Russie/l'URSS, l'éléphant dans la pièce, et aux rapports que certains Islandais/partis/syndicats ont entretenu avec l'URSS du temps de l'internationale communiste. Pas besoin d'en déflorer plus. Un nouveau roman efficace d'Indridason. C'est toujours sombre et les pages se tournent toujours aussi bien; les allers-retours dans le temps sont toujours aussi séduisants. En ces jours de pluie et de froid d'avril, au coin du feu, un thé brûlant et un chat (calme) sur les genoux, j'étais tellement bien lové dans mon canapé, heureux de retrouver des personnages connus, une Islande indridasonnienne connue, et, finalement, presque une intrigue connue. Eh bien, même si toute cette familiarité devrait ennuyer, j'ai à nouveau passé un excellent moment !

24 avril 2025

Joseph INCARDONA

 

Stella et l'Amérique**

 

Stella est une prostituée. Elle fait des miracles. Un peu une thaumaturge. Et c'est bien ce qui pose problème. Là-bas, au Vatican, on voit ça d'un mauvais oeil. Imaginez le bel oxymore : une prostituée thaumaturge ! Bref, elle pose problème, elle est un danger et des tueurs à gage sont embauchés. Mais, pas si simple d'en venir à bout.

C'est assez marrant et, curieusement, c'est un bouquin que je verrais très bien transposé à l'écran. Et puis, il y a quelques rappels, pour moi, du style littéraire de l'excellent écrivain Gary Victor.

Si vous n'avez rien lu de Joseph Incardona, franco-suisse, jetez vous sur l'excellent "la soustraction des possibles" une fois que Stella vous aura guéri(e), si toutefois vous avez besoin d'elle.

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